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Audit interne : une boussole pour orienter sa carrière dans le secteur de la LCB-FT

octobre 13, 2025

L’audit interne pourrait passer pour le parent éloigné de la conformité : méthodique, indispensable, mais œuvrant toujours en coulisses.

Pourtant, derrière les schémas de processus et les tests de contrôle se cache un rôle bien plus important que ne l’imaginent la plupart des spécialistes de la lutte contre la criminalité financière.

Il ne s’agit certes pas du rôle le plus tape-à-l’œil. Il n’est pas souvent mis à l’honneur lors des conférences et est parfois considéré comme une simple mesure de contrôle administratif. Cependant, pour certains, il tient lieu d’un véritable Master en criminalité financière. L’audit interne offre :

  • une vision globale des activités et des processus,
  • une vue d’ensemble et interaction au sein de l’entreprise,
  • des connaissances étendues et approfondies en matière de lutte antiblanchiment,
  • et une notion de mobilité et d’employabilité.

Tous ces aspects réunis constituent le fondement d’un apprentissage accéléré, d’une certaine influence et d’une flexibilité professionnelle.

Derrière les processus

Souvent qualifié de « troisième ligne de défense », l’audit interne est, a minima, chargé de tester les contrôles de prévention de la criminalité financière, selon un plan basé sur les risques et en toute indépendance des urgences opérationnelles. Parmi ces contrôles1 :

  • procédures en lien avec la connaissance client (Know Your Customer, KYC),
  • surveillance des activités suspectes,
  • opérations et technologie,
  • politiques et procédures ;
  • supervision de la gestion,
  • filtrage des sanctions,
  • formation des collaborateurs,
  • évaluation des risques,
  • ou tenue de registres.

Au niveau le plus élémentaire, il s’agit d’identifier et d’évaluer les risques inhérents à la criminalité financière dans l’ensemble de l’entreprise, ainsi que d’évaluer la conception des processus et les améliorations apportées aux contrôles, afin de garantir l’efficacité du dispositif LCB-FT2.

Deloitte décrit l’audit interne comme « la pierre angulaire qui soutient les organisations dans leur progression, en agissant en tant que partenaire stratégique et en fournissant des informations et des innovations pour permettre aux organisations de prospérer aujourd’hui et à l’avenir »3.

À l’heure actuelle, l’audit interne se situe de plus en plus à la croisée des chemins entre :

  • la technologie,
  • l’innovation commerciale,
  • et la conformité réglementaire.

Cela permet aux professionnels LCB-FT4, quel que soit le stade de leur carrière (qu’ils débutent dans le domaine, envisagent une réorientation de carrière ou cherchent à élargir leur champ d’action), d’être aux premières loges pour observer à la fois l’évolution de la réglementation et les bouleversements technologiques. 

Au fil du temps, ces spécialistes acquièrent des compétences très recherchées, un solide sens des affaires et une maîtrise des processus qui, en dehors de ce cadre, nécessiteraient de nombreuses années et plusieurs évolutions de carrière.

1.Une vision globale des activités et des processus

L’un des plus grands atouts du poste d’auditeur LCB-FT réside dans la vue d’ensemble que ce poste offre sur le fonctionnement de l’entreprise et sur la manière dont des processus en apparence indépendants sont liés les uns aux autres.

Là où d’autres rôles se concentrent sur une seule fonction (comme la surveillance des opérations ou le KYC au moment de l’entrée en relation avec le client), l’auditeur interne spécialisé dans le domaine de la criminalité financière acquiert, quant à lui, une vue d’ensemble de l’entreprise. Il interagit avec la direction, dialogue avec les régulateurs et étudie les processus LCB-FT comme s’il s’agissait de son métier (et c’est le cas).

De par sa conception, le plan d’audit annuel passe en revue différents secteurs d’activité et produits, garantissant qu’aucune mission ne ressemble vraiment à la précédente. Cela permet aux auditeurs d’acquérir :

  1. des connaissances transversales,
  2. une compréhension approfondie des processus de bout en bout,
  3. et une découverte des domaines de spécialisation.

Connaissances transversales

À chaque mission, les auditeurs apprennent à parler plusieurs langages : celui de l’informatique, des opérations, du juridique, des risques, de la conformité et des métiers. Peu à peu, ils affinent leur compréhension du fonctionnement de ces services, tant dans leurs dimensions indépendante qu’interdépendante.

En l’espace de quelques années, un auditeur LCB-FT peut ainsi passer au crible l’ensemble des rouages d’une institution financière, y compris tous les dispositifs LCB-FT essentiels : entrée en relation avec les clients, surveillance des opérations, enquêtes, dépôt de déclarations de soupçon, gouvernance, formation, etc. 

Il en résulte une compréhension approfondie du fonctionnement des différentes fonctions qui constituent un système de contrôle interne robuste et sécurisé.

Compréhension approfondie des processus, de A à Z

Dès leur premier jour de travail, les équipes d’audit sont formées à réfléchir en termes de flux de processus et de cadres de contrôle intégrés ; ce qui leur permet de suivre la gestion des risques de A à Z. 

Les professionnels de l’audit apprennent à :

  • cartographier les processus,
  • identifier les points de défaillance,
  • et comprendre les répercussions en amont et en aval.

Cette vision d’ensemble favorise un état d’esprit axé sur l’entreprise qui permet aux auditeurs de repérer les causes premières des problèmes et d’appréhender les risques LCB-FT à travers le prisme du profil de risque de l’entreprise et de son appétence pour le risque.

Découverte des domaines de spécialisation

Le poste d’auditeur interne cache encore un autre avantage. En naviguant entre différentes fonctions et thématiques, les auditeurs prennent part à une forme de « prototypage de carrière » : ils testent plusieurs trajectoires professionnelles dans un court laps de temps. Cela leur permet notamment :

  • d’explorer divers domaines sans se limiter à un seul,
  • d’identifier les domaines qui résonnent avec leurs centres d’intérêt et leurs points forts,
  • et de comprendre comment chaque fonction contribue au positionnement global de l’entreprise en matière de risques.

À mesure que les auditeurs découvrent les multiples facettes de la lutte contre le blanchiment et la criminalité financière, des schémas se dessinent. Certains domaines trouvent plus d’écho que d’autres. La curiosité se transforme en compétences. Et, progressivement, ces expériences deviennent une véritable boussole, permettant de prendre des décisions de carrière plus stratégiques et plus éclairées.

2.Visibilité et interaction au sein de l’entreprise

Peu de fonctions offrent autant de visibilité, ouvre autant de portes et permet d’avoir autant d’influence que celui d’auditeur interne.

Dans un univers où la crédibilité et la capacité à communiquer comptent autant que l’expertise technique, l’audit est une véritable formation accélérée pour développer ces deux compétences.

Olaf Sleijpen, membre du directoire de la De Nederlandsche Bank, l’a exprimé avec justesse (et une pointe d’humour) lors d’une conférence internationale des auditeurs internes en mai 2025 :

« Les auditeurs internes doivent disposer d’une connaissance approfondie de l’entreprise et d’un solide réseau au sein de celle-ci. Cela paraît évident, mais un tel réseau ne se crée pas tout seul et doit également être entretenu. Car soyons réalistes : la plupart des collaborateurs de l’entreprise ne vous considèrent pas comme leur meilleur ami. Vous leur posez toutes sortes de questions difficiles et, en récompense de leurs efforts, vous leur expliquez qu’ils font tout de travers. Et vous le dites aussi à leurs supérieurs. Vos collègues vous perçoivent donc, au mieux, comme un mal nécessaire. D’où l’importance de savoir créer, et préserver, de bonnes relations. »5

Collaboration entre les services

Les auditeurs collaborent avec les dirigeants et le personnel de chaque fonction, des équipes produit en contact avec la clientèle aux équipes chargées des systèmes informatiques en arrière-plan. Les auditeurs ont pour habitude :

  • d’interroger les chefs de service et les responsables de processus,
  • d’animer des réunions pour partager leurs constatations préliminaires,
  • et de valider et suivre les plans d’action.

Cette collaboration transversale enseigne aux auditeurs à jongler avec plusieurs priorités à la fois, à s’adapter à des cultures de travail différentes et à maîtriser le langage de nombreuses parties prenantes. 

Menés dans un esprit constructif et coopératif, les audits permettent aux auditeurs de nouer des relations essentielles et de s’imposer comme des partenaires précieux.

Accès à la direction générale

Les auditeurs internes peuvent être amenés à présenter les résultats d’un audit au conseil d’administration ou au comité d’audit, ou a minima aux cadres supérieurs responsables du domaine concerné. Même les auditeurs juniors ont leur place aux côtés des plus hauts responsables.

Dans certains cas, un auditeur qui se démarque peut être sollicité pour un projet spécial ou se voir proposer un poste de direction, et ce précisément parce qu’il a eu l’occasion de démontrer sa valeur directement à la direction générale.

Ces opportunités renforcent la confiance d’un auditeur, permettent d’affiner ses compétences en communication et lui font gagner en visibilité.

Interaction avec les autorités réglementaires

Bien que cela ne soit pas courant, les auditeurs LCB-FT peuvent être amenés à collaborer avec les régulateurs et les auditeurs externes, notamment lors d’inspections ou d’audits indépendants. 

Ils sont susceptibles d’être conviés à des réunions avec les auditeurs externes afin d’expliquer leurs constatations ou leurs méthodologies. Dans certains cas, l’auditeur interne sert aussi de point de contact pour des consultants externes mandatés par les autorités (par exemple, dans le cadre de missions de surveillance ou d’accord différé). 

Cette exposition ouvre des portes sur un écosystème conformité plus large, au-delà des frontières de l’entreprise, et apprend aux auditeurs à gérer la supervision et les attentes des autorités réglementaires. 

Comprendre à ce point les intrications du processus de réflexion réglementaire devient une compétence stratégique qui peut ensuite être mise à profit lors d’entretiens pour des postes dans d’autres établissements ou dans le secteur public.

3. Connaissances fines en matière de LCB-FT

L’une des caractéristiques dominantes de la fonction d’auditeur LCB-FT est la rapidité avec laquelle elle permet d’acquérir une expertise en la matière.

Par nécessité, un auditeur LCB-FT doit acquérir des connaissances sur l’ensemble des aspects de la conformité en matière de lutte contre la criminalité financière, notamment concernant : a) les secteurs d’activité, b) les types de clients, c) les produits ou services, d) les opérations et e) les obligations réglementaires auxquelles l’entreprise est soumise.

Toutes ces connaissances constituent un atout majeur pour la carrière d’un auditeur et impliquent souvent :

  • une expertise approfondie dans plusieurs domaines,
  • un apprentissage continu,
  • et un développement rapide des compétences.

Expertise pointue de plusieurs domaines

Chaque mission d’audit oblige les auditeurs à comprendre les tenants et les aboutissants du domaine traité. Dans tous les cas, l’auditeur doit :

  • comprendre le contexte réglementaire,
  • analyser comment les politiques se traduisent en termes opérationnels,
  • comparer la conception et l’exécution par rapport aux bonnes pratiques en vigueur,
  • et se tenir informé des dernières typologies en matière de blanchiment de capitaux.

Il en ressort ce que certains pourraient appeler une « compétence d’expert généraliste », c’est-à-dire la combinaison d’une maîtrise interdisciplinaire et de connaissances techniques approfondies.

Apprentissage continu

Chaque phase d’un audit est une occasion d’apprendre. De la définition du périmètre et de la planification aux entretiens avec les parties concernées, en passant par les analyses de processus, les tests de contrôle et la rédaction de rapports, les auditeurs sont en dialogue permanent avec les experts métiers et les dirigeants opérationnels. Ils acquièrent une compréhension fine de la manière dont les risques sont détectés, dont les contrôles sont structurés et des vulnérabilités potentielles du dispositif.

Plus important encore, étant donné que les plans d’audit évoluent en fonction des nouveaux risques, des mises à jour réglementaires et des changements organisationnels, les auditeurs sont souvent les premiers à se familiariser avec ces domaines. Et comme chaque audit nécessite des recherches et une préparation adaptées, les auditeurs internes développent une curiosité professionnelle durable, un état d’esprit qui leur sera utile dans toutes leurs futures fonctions au sein de la lutte contre la criminalité financière

Développement des compétences

Au fil des missions, les auditeurs acquièrent un ensemble de compétences très prisées dans les fonctions liées à la lutte contre le blanchiment de capitaux et à la conformité. Parmi celles-ci, nous pouvons citer :

  • Rigueur analytique : interprétation des lacunes en matière de contrôle, détection de mécanismes à l’œuvre dans les flux et mise à l’épreuve des politiques dans des scénarios extrêmes.
  • Esprit critique : remise en question des hypothèses, questionnement sur les risques potentiels et identification des risques systémiques.
  • Sens aigu de la réglementation : acquisition d’une compréhension réflexive des attentes réglementaires en reliant constamment les processus internes et les mandats externes.
  • Communication : rédaction de rapports d’audit convaincants et étayés tout en menant des discussions avec les parties prenantes et en présentant clairement des conclusions complexes à la direction.
  • Gestion de projet : respect des délais, maniement des documents, des travaux de terrain et coordination de l’équipe.

Si de nombreux professionnels de la lutte contre le blanchiment de capitaux peuvent acquérir ces compétences au fil du temps, l’audit interne accélère considérablement ce processus en raison de la diversité des situations rencontrées et du rythme des missions.

4. Mobilité professionnelle et attractivité sur le marché

L’atout majeur d’un passage par l’audit interne est sans doute la liberté de choix de carrière qu’il permet et l’employabilité qu’il maximise sur le marché. 

Les lignes directrices, méthodologies et pratiques (par exemple, évaluations des contrôles, tests par échantillonnage, revues thématiques, analyses de données) utilisées dans le cadre de l’audit interne sont à l’image de celles en vigueur chez les régulateurs externes ; ce qui rend cette expérience directement applicable à des postes dans les domaines suivants :

  • tests de contrôle de la première ligne de défense,
  • gestion des risques d’entreprise,
  • surveillance de la conformité de deuxième ligne de défense,
  • conseil et remédiation en matière de criminalité financière,
  • et qualité des prestataires et mise en œuvre de la RegTech.

L’audit expose les professionnels à tous les aspects de la lutte contre le blanchiment de capitaux (des sanctions et de l’entrée en relation avec le client aux contrôles des crypto-monnaies, en passant par la surveillance basée sur l’intelligence artificielle et les risques environnementaux, sociaux et liés à la gouvernance). Il sert ainsi de tremplin vers des postes d’avenir dans des domaines, tels que les actifs numériques, la conformité fintech ou l’analyse des fraudes.

Autrement dit, l’expérience acquise lors d’audits forge la crédibilité, l’agilité et la polyvalence, autant d’atouts très appréciés par les responsables du recrutement dans le contexte actuel à la fois très réglementé et en pleine innovation.

Les auditeurs expérimentés jouent le rôle de passerelle entre le monde d’hier et celui de demain à mesure que le domaine de la prévention de la criminalité financière fusionne avec celui de la technologie, celui de la science des données au milieu d’enjeux réglementaires mondiaux.

Pour les acteurs de la lutte contre la criminalité financière, cela se traduit par des possibilités de parcours professionnels plus nombreuses, un meilleur contrôle de leur évolution de carrière et souvent une progression plus rapide vers des postes de direction.

Conclusion

Que l’on explore de nouveaux horizons ou que l’on réévalue son parcours professionnel, l’audit interne offre ce que peu d’autres fonctions permettent : une vision panoramique et détaillée de l’écosystème LCB-FT. 

Ce qui commence par une simple exposition à diverses thématiques se transforme en ascension, grâce à une combinaison des éléments suivants : 

  • une compréhension globale des processus métiers et de conformité,
  • une exposition régulière et des opportunités de nouer des relations,
  • une flexibilité en matière de carrière et une attractivité sur le marché considérablement renforcées,
  • un développement accéléré de l’expertise LCB-FT.

L’audit interne vous montre dans quelle mesure tout est lié (fonctions, systèmes, risques et individus) et, ce faisant, vous aide à déterminer où « vous » vous intégrez le mieux.

Il vous met au défi de penser comme un stratège, de communiquer comme un leader et de procéder à des évaluations dignes d’un régulateur, tout en faisant ressortir le type d’informations qui ne peuvent être obtenues qu’en ayant une vision d’ensemble. 

Jonathan Estreich, spécialiste des audits de lutte contre le blanchiment de capitaux, expert certifié en lutte contre la fraude, stratège en gestion de carrière, primé et certifié à quatre reprises, fondateur, Natfluence (plateforme dédiée à l’évolution de carrière), New York, NY, États-Unis, [email protected],

Les points de vue exprimés par l’auteur et les experts contributeurs dans cet article ne reflètent pas nécessairement les points de vue ou les opinions de leurs organisations respectives.

  1. « BSA/AML Examination Manual », Federal Financial Institutions Examination Council (Conseil d’examen des institutions financières fédérales, États-Unis), 2015, https://bsaaml.ffiec.gov/manual/AssessingTheBSAAMLComplianceProgram/03 
  2. « FCC Testing in the Banking Industry », ACAMS Today, 1er septembre 2020, https://www.acamstoday.org/fcc-testing-within-the-banking-industry/ 
  3. « Financial services: Internal audit planning priorities 2025—Banking and capital markets », Deloittehttps://www.deloitte.com/content/dam/assets-zone2/uk/en/docs/services/risk-advisory/2024/financial-services-planning-priorities-2025-banking-and-capital-markets.pdf
  4. Dans le présent document, l’acronyme « LCB-FT » désigne collectivement les activités liées à la loi nord-américaine sur le secret bancaire, à la lutte contre le blanchiment de capitaux, à la lutte contre la criminalité financière et aux sanctions.
  5. « Tough love: The importance of the internal audit function for central banks », De Nederlandsche Bank, 23 mai 2025, https://www.dnb.nl/en/general-news/speech-2025/tough-love-the-importance-of-the-internal-audit-function-for-central-banks/ 
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